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Lait

Prix et marché. Décalage entre théorie et pratique

Les mécanismes du marché laitier sont considérés comme compliqués. L’écart entre un prix du lait couvrant les coûts de production, le prix indicatif officiel de l’Interprofession du lait (théorie) et le prix du lait versé (réalité) aux producteurs est particulièrement frappant. Marchés équitables suisse (MÉS) met en lumière cette disparité à l’aide de chiffres clés importants.

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Le mécontentement est grand dans l’agriculture, en particulier dans la production laitière, où la situation économique des producteurs est tendue et où leur travail est très mal rémunéré à l’heure (selon l’évaluation comptable d’Agroscope, le revenu du travail à l’heure pour une exploitation laitière moyenne dans la zone des collines/montagne 1 est actuellement de 10.70/h, ce qui ne tient pas compte des paiements directs de la Confédération).

Plusieurs producteurs laitiers se sont annoncés auprès de Marchés équitables suisse (MÉS), explique le communiqué publié le mardi 26 mars. MÉS précise que ces producteurs ne veulent pas apparaître à l’extérieur par crainte de conséquences de la part des acheteurs. Leurs dossiers ont été étudiés et jugés représentatifs de la situation actuelle de la production laitière.

Aperçu des décomptes

Le prix du lait effectivement payé se compose d’un prix de base (mélange du segment A et du segment B) ainsi que de suppléments (p. ex. suppléments de salaire, suppléments pour le lait non transformé en fromage, supplément pour le lait de prairie) et de déductions (p. ex. forfait de transport/de collecte ou contributions de l’organisation de producteurs PSL ou de l’interprofession IP Lait). Ces chiffres varient d’un acheteur de lait à l’autre. Mais en fin de compte, tous les producteurs de lait reçoivent chaque mois un prix du lait nettement inférieur au prix indicatif théoriquement négocié par l’IP Lait pour le lait A et également très éloigné d’un prix couvrant les coûts de production, comme le montre le tableau suivant pour les trois producteurs de lait A, B et C:

Marchés équitables suisses

Conclusion de l’analyse

  • Écart entre le prix indicatif A et le prix du lait de base: le prix du lait de base (c’est-à-dire le prix sans suppléments/déductions) est inférieur de 12 à 22 centimes au prix indicatif A officiel fixé par IP Lait, ce qui correspond à un écart de 15 à 28% pour les producteurs conventionnels et IP-Suisse.
  • Écart entre le prix indicatif A et le prix payé: les prix payés par les producteurs conventionnels et IP-Suisse sont entre 11 et 20 centimes inférieurs au prix indicatif A officiel de l’interprofession. La perte monétaire par rapport au prix indicatif A se situe entre 14 et 25% pour les trois producteurs.
  • Écart entre le prix payé et le prix couvrant les coûts: en comparaison avec une exploitation typique selon l’évaluation comptable d’Agroscope (calcul des coûts complets sans paiements directs de la Confédération) de la zone des collines/zone de montagne 1, les prix du lait payés sont inférieurs de 56 à 65 centimes au niveau de prix couvrant les coûts, ce qui correspondrait à un revenu du travail de 29.- par heure. Les trois producteurs de lait ne peuvent donc pas couvrir entre 45 et 52% de leurs coûts avec les prix du marché. Ils devront en couvrir une partie avec les indemnités de la Confédération, qui sont en fait destinées aux prestations de l’agriculture pour la collectivité (paiements directs).

Demande de MÉS

  • Combler le fossé entre la théorie et la réalité: les prix indicatifs du lait A sont des valeurs théoriques qui diffèrent fortement des prix payés. Pour les producteurs laitiers, seul le prix du lait versé est déterminant. Les paiements directs ont un autre objectif et ne peuvent pas combler cette lacune. L’association demande aux acheteurs d’augmenter leurs prix du lait afin que les prix payés correspondent également au niveau des prix indicatifs communiqués par l’IP Lait.
  • Transparence – également par rapport au niveau de prix couvrant les coûts: Marchés équitables suisse demande aux acheteurs de présenter leurs calculs de prix du lait de manière transparente, en faisant notamment apparaître clairement la comparaison avec le niveau de prix couvrant les coûts (coûts complets Agroscope). Cela implique également de faire preuve de transparence en indiquant pour quels produits laitiers la matière première a été facturée et comment, ou quel prix du lait a été payé pour ces produits.
  • Pas d’obligation de livraison pour le lait de dumping. Une grande partie de la différence entre le prix payé et le prix indicatif officiel A est due au fait que les producteurs de lait sont facturés jusqu’à 40% de la quantité au prix B, qui se situe dans les décomptes disponibles à un niveau de prix entre 41 et 51 centimes par kg (prix indicatif du lait B mars 2024: 55,6 centimes/kg). Marchés équitables suisse demande donc à l’IP Lait d’élaborer un nouveau contrat d’achat de lait standard dans lequel la livraison de lait B est facultative, afin que le producteur de lait ne soit pas obligé de livrer du lait de dumping, ce qui n’a guère de sens non plus pour des raisons de durabilité. Cela permettrait également de mettre enfin correctement en œuvre la motion CER-E 19.3952 adoptée par le Parlement en 2020.

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